#6 « J’aurais dû mieux travailler l’Allemand à l’école. »

L’odyssée d’Olivier : L’Elbe cool.
Interview réalisée le 22 août.

Après une visite de Berlin sur deux journées complètes, Olivier est reparti pour suivre l’Elbe, une rivière dans l’Est de l’Allemagne, qu’il a particulièrement apprécié, loin du bruit de la capitale. Déjà, la République Tchèque montre le bout de son nez ! Mais avant de quitter ce pays marqué par l’histoire, Olivier a décidé de s’accorder une nouvelle étape sur son itinéraire, à Dresde, une ville de 500 000 habitants.

Épisodes précédents…
#0 (Re)-lire l’interview d’Olivier au départ fictif à Grenoble
#1 Passer le cap
#2 Fuir les moustiques
#3 Mer fraîche, feux de forêts
#4 2000 km, le bilan du premiers mois
#5 Un rythme à deux

Pourquoi avoir choisi la ville de Dresde pour t’arrêter ?

On m’a dit que c’était une belle ville. Je ne connaissais pas plus que ça avant d’arriver. Je me suis renseigné un tout petit peu, hier et avant-hier, pour voir ce qu’il y avait d’intéressant. D’autant plus que je suis en “retard de pause”, en avance par rapport au planning prévu. Je veux bien profiter des endroits où je passe.

Tu as passé la journée d’aujourd’hui à visiter la ville, c’est comment du coup ?

La ville est très sympa. Beaucoup plus calme qu’à Berlin. C’était sympa de me balader dans les rues piétonnes. Ce qui est particulier à Dresde, c’est que la ville a été détruite intégralement par les bombardements en 1945. La plupart des bâtiments anciens ont été reconstruits à l’identique. Les vieux bâtiments ont été remis en état.

Ce matin, j’ai visité des églises. Trois grandes églises : la cathédrale catholique et deux églises protestantes, très belles avec des styles très différents. Il y en avait une très sobre, une autre pleine de dorures. J’ai apprécié les atmosphères différentes dans chacune. Cette après-midi, je suis allé dans un double musée, dans un grand château. L’un sur les techniques des mathématiques et de la physique, surtout sur les mesures de temps. Il y a des globes terrestres, des vieilles horloges, des sextants, des outils du 17ème siècle. L’autre musée est plus peintures classiques, et un peu de sculpture, avec des peintres de toute l’Europe : des Italiens, des Néerlandais, des Français. Le château a été restauré dans un super bon état. Les pierres sont un peu grises, un peu noires, mais on sent qu’il a été bien restauré, bien entretenu. C’est un beau château. Il a un style assez particulier, vu qu’il date du 17ème siècle. Il est bien mis en valeur.

Depuis le début de ton voyage, tu rencontres des personnes ici ou là. Après plusieurs semaines, tu as revu Richard, cycliste berlinois, et vous avez passé la soirée ensemble. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Je l’avais rencontré sur le bateau en Norvège, le dernier que j’ai pris. On était chacun avec notre sacoche de guidon de vélo. C’était assez caractéristique sur le bateau. Il y avait les gens qui étaient là pour le bateau et les cyclistes qui avaient chacun leurs sacoches en bandoulières. J’ai repéré comme ça cinq, six cyclistes. Lui, il est descendu du bateau plus tôt pour aller jusqu’au Cap Nord à vélo. Il a pris 6 mois de congé sabbatiques. Il est arrivé là-bas 3 ou 4 jours après moi, mais il est redescendu en passant par la Finlande. Il a repris un bateau pour revenir en Suède, pour refaire un petit bout de vélo, et il a pris ensuite plus ou moins le même itinéraire que moi. Il a bien roulé aussi. Il m’avait laissé ses coordonnées en me disant : “quand tu passes à Berlin, tu m’appelles”.

Du coup, on a passé la dernière soirée à Berlin ensemble. Il m’a donné rendez-vous pas très loin de chez lui. Il m’a emmené dans un petit lac. On a fait 10 minutes, un quart d’heure de vélo pour y aller. Lui y va régulièrement se baigner pour se détendre après le boulot. C’est un lieu où les gens du coin, du quartier, vont, mais pas les touristes. Juste à côté de ce lac, on est monté sur une petite colline à pied, qui permet d’avoir une vue assez sympa sur Berlin, à l’écart du centre-ville. Il y avait un peu de monde là-haut, mais c’est surtout des gens locaux qui viennent à priori. Le soleil s’est couché assez vite. On s’est fait la remarque ensemble qu’on s’était habitué au soleil de minuit quand on était en Norvège. Ensuite, on est redescendu pour manger dans un restaurant indien à côté de chez lui.

Est-ce que tu es rassasié de ton parcours en Allemagne, finalement assez rapide par rapport à la Suède ?

Je suis assez content de ce que j’ai vu en Allemagne. C’était plus varié que ce que j’ai vu en Suède, dans le sens où je suis passé dans des grandes villes, à Berlin, à Dresde. Je suis aussi passé dans des tout petits villages. J’ai fait du vélo dans des champs, dans la forêt. J’ai l’impression d’avoir vu des endroits assez variés de l’Allemagne. C’était la partie “Allemagne de l’Est” que je ne connaissais pas. Je suis content aussi que ça ne dure pas trop longtemps, pour que je ne me lasse pas comme en Suède. Je vais aller me balader dans un Parc national, mais je crois qu’il me reste que 50 km en Allemagne. Dans la réflexion que je me faisais, j’aurais dû mieux travailler l’Allemand à l’école, parce que ça manque un peu. J’arrive à baragouiner deux trois mots. Sinon, il y a pas mal de personnes qui parlent Anglais.

Est-ce que l’Elbe t’a fait pensé à la ViaRhôna ?

Je n’ai pas du tout senti le parallèle. Sur le Rhône, c’était bien plus aménagé. Il y avait plus de digues, de barrages, d’installation. Là, j’ai trouvé la rivière plus sauvage. Je n’ai pas vu de bateau. Sur le Rhône, il y a pas mal de péniches. Sur l’Elbe, c’est l’ambiance petite rivière qui coule de village en village. Qui fait beaucoup de méandres. L’itinéraire suit, donc ça fait de la distance. Le Rhône, c’est beaucoup plus rectiligne. On avance tout droit le long des digues.

Chaque semaine, L’avertY propose à Olivier de commenter certaines de ses photos prises durant le trajet. Quel est le contexte de la photo ? Quelles anecdotes ? Pourquoi ces choix-là de photos ?

N°15 Le château de Neuhirschstein

« Je suis allé le voir de plus prêt. J’ai quitté l’itinéraire pour trouver un endroit pour manger à midi. J’étais au bord de la forêt dans un endroit très au calme. Je suis allé faire un tour vers ce château qui surplombe l’Elbe. Il y avait cette petite place, où il y a une petite allée en pavé, des zones d’herbes, des fontaines, des fleurs. Au bout de la rue, il n’y avait quasiment personne qui passait par là. Une belle atmosphère. Je n’ai pas réussi à savoir si le château était habité, ou pas. J’ai pu faire le tour. »

N°16 et 16 bis Au bord de l’Elbe

« L’Elbe est la rivière que j’ai rejointe il y a 4 jours. Il y a un itinéraire cyclable qui longe l’Elbe sur toute la longueur. Je suis le long de la rivière en permanence. Des fois ça s’écarte un peu. Quand je vois des choses sympas, qui me plaisent aux yeux, dans ces cas-là, j’ai envie de m’arrêter prendre une photo. Quand un élément ressort. Sur ce petit village, il y avait un très beau reflet, bien dégagé, une belle lumière. Et puis un peu la même chose sur ce banc isolé. Tout le long de l’itinéraire, il y a régulièrement des zones aménagées pour les cyclistes. Ce petit banc, c’est l’occasion de faire une pause sympa le long de la rivière. Il y avait un peu soleil. Une ambiance qui me plaisait bien et assez caractéristique de ce que j’ai pu voir ces derniers jours le long de l’Elbe. »

Encouragez Olivier à parcourir les kilomètres restants en envoyant des questions, commentaires, mots sympas à ludovic.chataing@laverty.fr. D’autres photos disponibles sur son blog.

Propos recueillis et mise en page par Ludovic Chataing
Photos Olivier Letz.

#5 « C’est bien de sortir de la routine, des habitudes. »

L’odyssée d’Olivier : Un rythme à deux.
Interview réalisée le 17 août.

Il pensait faire tout le trajet seul. Olivier a finalement été rejoint pour 10 jours de la Suède, jusqu’en Allemagne, par Audrey, son amie qui habite à Chambéry. Un nouveau rythme s’est installé, avec un petit air de vacances dans cette longue odyssée de notre voyageur à vélo. Le voilà déjà à Berlin, à 3500 km de son départ du Cap Nord, où il fait une pause de deux journées complètes. Une première.

Épisodes précédents…
#0 (Re)-lire l’interview d’Olivier au départ fictif à Grenoble
#1 Passer le cap
#2 Fuir les moustiques
#3 Mer fraîche, feux de forêts
#4 2000 km, le bilan du premiers mois

Sur l’interview, au départ à Grenoble, tu m’as dit préférer voyager seul. Malgré cela, tu viens tout de même de faire 10 jours de vélos, accompagné de ton amie Audrey. Qu’est-ce qui a changé à deux ?

Ça a changé les rythmes des journées. On prenait vraiment le temps d’être ensemble, de rouler tranquillement, de profiter des paysages où on passait. J’étais entré dans une routine quotidienne. Monter ma tente le soir, faire mon petit repas, prendre ma douche, démonter la tente le lendemain. Là, en fonctionnant à deux, c’était un peu différent. Au lieu d’aller directement au camping, on passe un peu de temps le soir à chercher un lieu de bivouac. On se retrouve à se balader dans la forêt, il commence à faire nuit.

Avant qu’on se retrouve, j’ai fait des plus longues journées à 100 km par jour, pour arriver sur la côte Ouest de la Suède, à côté de Göteborg. Comme elle avait des dates fixes, ça a rythmé les journées mine de rien. Pareil pour sa date de départ. Elle repartait le samedi, pour arriver au boulot le lundi à Chambéry. Il fallait qu’on soit dans une ville où elle pouvait facilement prendre le bus et rentrer en France. Du coup, sur les quatre, cinq derniers jours, ensemble au Danemark, ça a dicté la distance qu’on devait faire pour arriver à la fin de son trajet à Rostock en Allemagne. Ça change pas mal la manière d’avancer sur le vélo.

Rouler depuis un mois m’a bien entraîné. J’avais la capacité de rouler plus vite qu’elle. On roulait souvent ensemble, et de temps en temps, je partais devant pour pouvoir m’arrêter et prendre une photo. Ça me faisait faire un peu plus de sport. À deux, je pédalais sans vraiment appuyer sur les pédales, j’avançais tranquillement. De temps en temps, je me faisais un petit sprint pour me dégourdir les jambes. On a fait de belles journées à 75–80 km par jour.

Au quotidien, on prend le repas à deux. On prend le temps, de discuter sur ce qu’on a vécu la journée, d’échanger sur le voyage à vélo, sur nos vies respectives. Jusqu’à maintenant, moi le temps du repas, c’était plus utilitaire, de me nourrir et prendre des forces pour la suite. Le soir, on n’a pas fait forcément des grosses soirées. Mais on prenait le temps d’écrire le blog à deux. C’est ce qu’on a fait sur deux ou trois articles. C’était rigolo. D’autres fois, on arrivait tard et elle s’endormait avant que j’aie fini d’écrire.

Il a fallu te réadapter à rouler en solitaire quand elle est partie le 11 août ?

Ce n’était pas facile. Je m’étais assez vite habitué au rythme à deux, 24 heures sur 24. Tout à coup, je me retrouve à nouveau tout seul sur la route, avec mon vélo. Il faut reprendre la marche en avant. Je retrouve assez vite mes automatismes d’avant. Installer le repas, monter la tente, faire les courses pendant la journée. On le faisait à deux, mais là, je me retrouve à le faire tout seul. Pour rechercher un lieu de bivouac, quand on est à deux, on peut explorer chacun un chemin. Ça fait moins d’une semaine, j’ai fait quelques jours sur la route, et après, je suis arrivé à Berlin. Là, c’est à nouveau un rythme différent. C’est bien de sortir de la routine, des habitudes.

Tu es donc à Berlin au moment de cette interview. C’est ton premier gros arrêt depuis le Cap Nord. Qu’est-ce que tu as prévu de faire ? Quel est ton objectif ?

Je fais deux jours entiers pour visiter. Je suis arrivé mercredi soir. Je repars samedi. Mon objectif est de découvrir la ville et son histoire assez chargée. Celle récente du 20ème siècle : le mur de Berlin, la guerre froide, tout ce qui va avec. Hier matin, je suis allé au Musée juif à Berlin. Il y avait une bonne partie orientée sur la vie des Juifs pendant le nazisme. À la fois sur la partie Holocauste, et aussi de l’exil des Juifs, qui ont fuit la ville et le pays pour aller se mettre à l’abri. C’était très poignant, mais bien intéressant. C’est toujours bien de mettre une petite piqûre de rappel sur ces choses-là. C’est ce qui fait qu’on évite de reproduire les mêmes erreurs. Je n’ai pas forcément appris des choses. Mais le fait de le découvrir à Berlin, c’est aussi une signification particulière. C’est un peu le cœur de l’Allemagne nazi. C’est de là que tout est parti. Forcément ça a une signification particulière.

À l’école, on parle beaucoup de la déportation, de l’extermination des Juifs. Il y a aussi énormément de Juifs qui ont quitté le pays, par peur de la mort, de la répression. Typiquement, ça résonne dans l’actualité, parce qu’on parle beaucoup des migrants, des gens qui fuient leur pays. Ce sont des choses qui se sont déjà passées, qui se reproduisent. Par moment, on a l’impression qu’on ne progresse pas beaucoup sur ces questions-là.

Et à part le côté historique ?

Je suis allé voir une grande portion du mur, recouverte d’œuvre d’art, d’artistes du monde entier. C’était juste après la chute du mur. C’est du street art, avec des peintures variées, très jolies. C’est le nouveau visage de Berlin. La culture s’est beaucoup développée. La vie qui reprend après ces années difficiles. Il y a un énorme dynamisme, qu’on sent un peu partout dans la ville. Il y a beaucoup de travaux aussi, ça bouge un peu de partout.

Après avoir beaucoup roulé sur des petites routes de campagne, des petites pistes cyclables, des chemins dans la forêt, me retrouver en ville ça m’a fait un choc. C’est un peu bizarre de retrouver l’agitation de la ville. Même si j’habite en ville à Grenoble, je crois que je me suis vraiment habitué au fait d’être dans la nature, d’être au calme. De me retrouver d’un coup dans cette grande ville, avec des voitures dans tous les sens, des vélos qui doublent à droite, à gauche, le bruit des travaux. Je ne m’attendais vraiment pas à ce choc-là en arrivant ici.

Chaque semaine, L’avertY propose à Olivier de commenter certaines de ses photos prises durant le trajet. Quel est le contexte de la photo ? Quelles anecdotes ? Pourquoi ces choix-là de photos ?

N°11 Plus qu’un mur

« Dans une rue, une bonne partie du mur a été préservée. On peut monter sur le toit du centre de documentation, il y a une plate-forme qui permet d’avoir une vue d’ensemble. On se rend vraiment compte de la taille. C’est toute une infrastructure : un mur, plus une barrière de détection, plus des systèmes anti-véhicules, plus des tours de garde. Une vraie barricade qui a été mise en place, un vrai dispositif pour empêcher les gens de passer. C’est ce qui m’a le plus marqué de ce que j’ai vu jusqu’à maintenant à Berlin. »

N°12 Abri trois étoiles

« Sur le petit ferry pour traverser de la Suède au Danemark, on a rencontré une cycliste néerlandaise qui nous a expliqué que le bivouac était interdit au Danemark, mais par contre qu’il y avait des petits abris qui étaient disponibles un peu partout dans la nature. On pouvait passer la nuit dans un de ces “free shelter”. Il y a une application pour téléphone qui les recense, qui permet de savoir où ils sont. Pour notre premier soir, on a trouvé celui-là, apparemment tout neuf. On a pu s’installer, et ça tombait bien, car on a eu quelques gouttes pendant la soirée. On était bien au sec, bien à l’abri pour se faire à manger, et pour dormir. »

N°13 La pose de l’homme mouette

« Je n’ai pas bien compris au début. Je pensais qu’Audrey voulait faire des photos des mouettes et des oiseaux au bord de la mer. Donc je lui ai préparé l’appareil, je lui ai expliqué les réglages. Et juste après, elle me dit : “non, mais en fait, c’est des photos de toi que je veux faire”. J’ai fait la mouette sur le rocher pour qu’elle puisse me prendre en photo. »

N°14 Lac rosé-orangé

« À la recherche d’un lieu de bivouac pour passer la nuit, on est passé à côté de ce lac. On est descendu dans les petits chemins. On ne savait pas trop où ça allait. Finalement, on est arrivé au bord. On s’est baigné pour se rafraîchir. Pendant qu’on mangeait, le soleil a commencé à bien descendre. On a eu ces belles couleurs-là pendant qu’on mangeait, avec le reflet sur le lac, et le ciel qui devenait tout rose, orange. »

Encouragez Olivier à parcourir les 3500 km restants en envoyant des questions, commentaires, mots sympas à ludovic.chataing@laverty.fr. Rejoignez le salon de discussions Discord. D’autres photos disponibles sur son blog.

Propos recueillis et mise en page par Ludovic Chataing
Photos Olivier Letz + une photo d’Audrey.

#4 « J’ai mangé une pizza à la viande de renne, c’était pas mal. »

L’odyssée d’Olivier : 2000 km, le bilan du premier mois

Olivier est parti le 26 juin pour son périple de 7000 km sur l’itinéraire EuroVelo n°7, du cap Nord en Norvège, à Malte. L’avertY vous propose cette interview mensuelle, réalisée le 26 juillet (publiée en léger différé pour des raisons d’agenda). En un mois et 2000 km, que faut-il retenir de ce long voyage à vélo ? Voici quelques réponses, agrémentées des photos d’Olivier.

Épisodes précédents…
#0 (Re)-lire l’interview d’Olivier au départ fictif à Grenoble
#1 Passer le cap
#2 Fuir les moustiques
#3 Mer fraîche, feux de forêts

Le matériel complet d’Olivier.

Depuis un mois, qu’est-ce que tu n’as pas pu faire et qui te manque par rapport au quotidien à Grenoble, au moins un peu ?

Ce que je trouve le plus compliqué sur le voyage, c’est la gestion de la nourriture. Je suis obligé de faire des courses tous les jours. D’une part, je n’ai pas beaucoup de places dans mes bagages. Et d’autre part, je ne peux pas conserver des choses au frais. Je suis obligé d’acheter des petites quantités au jour le jour, et des choses simples à transporter et à cuisiner. J’ai l’impression de manger un peu toujours la même chose. C’est un peu ça qui me manque. C’est la contrainte des voyages à vélo.

Quel est le meilleur repas que tu as mangé depuis le départ ?

J’ai mangé une pizza à la viande de renne, c’était pas mal du tout.

As-tu déjà sauté un repas, et si oui, pourquoi ?

Non. J’ai toujours pris le temps de manger correctement. C’est vachement important pour pouvoir rouler. Avant de partir, je prenais rarement des petits-déjeuners. Là, le matin, je fais l’effort de bien manger pour être en forme pendant la journée.

Couché de soleil capturé lors du voyage en bateau vers le cap Nord.

Quelle soirée, nuit, as-tu le plus apprécié ?

La nuit où j’ai fait le bivouac, parce que ça sortait vraiment de l’ordinaire. C’était les conditions idéales, une très très bonne nuit. À part ça, j’ai fait que des campings, ou des fois, des auberges de jeunesse.

Au contraire, laquelle as-tu détesté, ou moins apprécié ?

Les deux nuits à Luleå. C’était là où j’ai fait ma journée de repos. J’avais décidé d’aller dans une auberge de jeunesse pour être un peu posé, et éventuellement rencontrer des gens. Et en fait, je me suis retrouvé dans une espèce de petit hôtel pas agréable, avec des toutes petites chambres, pas de fenêtre, personne à la réception. Il fallait passer par un code pour Internet. Vraiment pas convivial, pas sympa du tout.

Quel a été le plus gros souci mécanique depuis ton départ ?

Je n’ai quasiment pas eu de soucis. La première semaine, j’avais le garde-boue qui sautait un tout petit peu. Mais non, le vélo va très bien. J’espère que ça va durer le plus longtemps possible. Zéro réparation à faire. Vraiment nickel.

Visite de l’église de Gammelstad.

Quel est le bâtiment que tu as vu qui t’as le plus marqué, intrigué ?

Ce qui m’a le plus marqué, c’est que 95% des bâtiments ici sont de couleur rouge traditionnel, ce qu’on voit sur un certain nombre de mes photos. Je ne pensais pas qu’il y en aurait autant. Partout, partout, partout. Des petites maisons, des granges, des fermes, des petites cabanes dans les bois. Quand je passe d’un village à l’autre, j’ai l’impression que toutes les maisons sont les mêmes. Les mêmes formes, les mêmes organisations. Par contre, quand je vois des églises dans les villages, elles, elles sont très différentes les unes des autres. Ce n’est pas vraiment un style traditionnel ou régional. Je pense à certaines régions en France où toutes les églises sont portées sur le même format. Celle que j’ai visitée de la ville-église est assez jolie. J’ai pris le temps de la visiter, découvrir l’intérieur, des différentes époques où elle a été aménagée. Elle valait le coup d’œil.

Est-ce que ton chargeur solaire marche bien ?

Il marche très bien quand il est exposé au soleil. Le petit souci, c’est que comme je vais principalement vers le Sud, et que je l’ai accroché sur mon porte-bagage, je fais régulièrement de l’ombre dessus. Du coup, il ne recharge pas aussi bien qu’en plein soleil. En général, je le mets au soleil en arrivant le soir au camping, ou je le remets le matin. Donc, il marche bien. Dans les campings, il y a de l’électricité. Je mets mon téléphone sur les prises électriques.

Le chargeur solaire d’Olivier.

C’est quoi le pire niveau météo : vent fort de face ou chaleur à plus de 30 degrés ?

Je crois que je préfère quand même le chaud. J’avance moins vite, mais c’est de belles conditions. Il y a un beau ciel, de belles lumières. Je préfère ça à du vent et de la pluie. Je parle beaucoup de la chaleur, parce que c’est en ce moment, mais je suis relativement content d’avoir eu peu de pluie depuis le début du voyage. Je ne regrette pas le passage au cap Nord, avec le vent bien violent, où j’avais du mal à tenir debout à côté de mon vélo.

En un mot, la Norvège, c’est comment ?

Assez vide. J’ai vu vraiment le Nord de la Norvège, il n’y avait vraiment pas grand monde.

En un mot, la Finlande, c’est comment ?

Je n’y ai passé même pas une journée, ce n’était pas très différent de ce que j’ai vu avant et après. Je ne sais pas comment le dire en un mot, mais la langue est très différente. Ça m’avait marqué.

En trois mots, la Suède, c’est comment ?
C’est grand. Il y a beaucoup d’étendu d’eau. Les routes ne sont pas forcément bien adaptées aux cyclistes.

La côte de la mer Baltique.

Combien as-tu dépensé d’argent depuis le départ (trajet en transport compris), à 50 euros près ?

Pour être honnête, je n’ai pas du tout compté. Si j’essaye de faire un total rapide. Il y a 700 euros de bateau, 250 euros de train pour l’aller. Après, je retire et dépense sans trop regarder. En Suède, j’ai retiré trois fois 200 euros, on va dire 500 euros dépensés. Peut-être 100 euros en Norvège (ndlr : total 1550 euros). Ça doit être un peu près ça.

D’après toi, quel caractère, quel état d’esprit peut-être utile pour accomplir un long voyage comme le tien ?

À mon avis le plus important, c’est d’être vraiment motivé, avoir envie d’aller jusqu’au bout. Il y a plein de moments super, mais il y a aussi des moments difficiles, moins bien. Il faut réussir à passer outre pour aller jusqu’au bout.

Concert au bar du camping.

Quelle rencontre as-tu le plus apprécié depuis ton départ, voyage jusqu’au cap Nord compris ?

C’était dans une petite ville en Suède, il y a quatre, cinq jours. Un Français est venu me voir au supermarché. Il avait vu que j’avais un tee-shirt écrit en français “Grenoble Ekiden”. Il m’a invité à prendre un verre chez lui. J’ai passé une bonne demi-heure à discuter avec Éric, et Sandra, sa femme qui est Suédoise. J’ai passé un bon moment à discuter de la Suède, de leur vie là-bas. C’était le genre de rencontre absolument pas prévue, inattendue, très sympa, qui fait du bien dans un voyage comme ça. J’ai rencontré des cyclistes au cap Nord, ça je m’y attendais. J’ai rencontré John-John par Warmshowers, c’était prévu. Là, c’était vraiment totalement par hasard.

Dans cette épreuve sportive, à quel sportif connu pourrais-tu t’identifier, ou du moins dans quelle discipline ?

Ça va paraître évident, je fais quand même le parallèle avec le Tour de France, parce que je fais des longues étapes tous les jours. À chaque fois dans des paysages différents, avec des distances plus ou moins longues, plus ou moins de dénivelés. Je ne compare pas exactement ce que je fais avec chaque étape du Tour de France. Moi, je le fais avec vélo chargé. Eux, ils sont avec des vélos tous légers, la recherche de la performance. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Il y a quand même cette idée de parcourir la distance sur son vélo, et traverser des paysages, tous différents les uns des autres.

Une forêt, une route, un vélo.

Sur ton blog, tu as écrit 31 articles, textes et photos, soit un par jour. Parmi tous ceux-là, lequel as-tu eu le plus de plaisir à écrire ?

Je les oublie aussi vite que je les écris. Quand je suis sur mon vélo, je pense à des petits trucs, je me dis “tiens ça il faudra que je le retienne pour en parler dans le blog ce soir”. J’aime bien quand il s’est passé des choses insolites ou particulières dans la journée. Les jours où j’ai juste l’impression d’avoir roulé à travers la forêt et avalé des kilomètres, j’ai moins de plaisir à l’écrire. Ça dépend aussi des photos. Quand elles sont belles, j’ai plus de plaisir à les partager. Des fois, les photos c’est parce que ça illustre la chose, mais pas forcément de belles photos. Je repense à l’article “Mers et pairs”. Cet article, je me souviens avoir été content quand j’ai trouvé le titre, qui collait bien à ce que je racontais dans l’article. Le titre en lui-même, j’étais content de ma trouvaille.

Combien prends-tu de photo par jour environ ?

Finalement, je n’en prends pas tant que ça. De trois à quinze photos. Il y a des jours où je prends trois photos, que je mets sur le blog. Parce que je ne vois pas forcément des choses qui me paraissent extraordinaires, ou qui méritent de s’arrêter. Des jours c’est un peu plus, quand je fais des journées plus posées. Regarder les animaux, des choses comme ça. La journée de repos, j’en ai fait plus. J’étais en mode touriste. Je pensais que j’en prendrais beaucoup plus.

Comment choisis-tu les photos que tu postes sur ton blog, sur quels critères ?

J’essaye de prendre celles qui sont jolies, représentatives de ce que j’ai pu voir dans la journée. Un paysage, un bâtiment qui ressort, qui illustre.

Sur la route, vers Umeå.

Tu as reçu de nombreux commentaires sur tes articles de blog. Est-ce qu’il y en a qui t’ont particulièrement touché, ou que tu as apprécié ?

De manière générale, les commentaires d’encouragement sur le projet, sur le blog, ça me touche beaucoup. Et puis ça me motive, ça me donne une motivation supplémentaire à continuer. J’aime bien aussi prendre le temps de répondre aux questions qui me sont posées. C’est quelque chose qui me plaît bien d’interagir avec les gens, même s’ils sont loin. Quelque part ça rapproche de faire ces échanges-là.

À part avec L’avertY, avec qui as-tu échangé par téléphone depuis le départ ?

J’ai échangé avec une copine de Chambéry, qui va venir me rejoindre la semaine prochaine. Elle va faire une dizaine de jours à vélo avec moi. Normalement, on doit se retrouver mercredi (1er août). On va rouler tranquillement ensemble. Elle a déjà fait un voyage à vélo en France. C’est l’occasion d’en faire un autre. On sera sur la côte Ouest de Suède, et sûrement un peu au Danemark, peut-être en Allemagne si on roule bien. Je ne sais pas trop encore. On n’a pas de programme très précis. On va profiter de passer des bons moments ensemble. Sinon, j’ai eu mon père sur le trajet en bateau. Il m’a appelé par erreur. La plupart des échanges, c’était sur le blog.

Si tu étais intervieweur, quelle question poserais-tu à L’avertY ?

Inversion des rôles…

Olivier : 
Comment gères-tu le fait de lancer ce projet pour l’instant tout seul, en cherchant du monde, en essayant de lancer une communauté en même temps. Comment arrives-tu à construire ces relations à la fois avec des partenaires et avec des lecteurs de L’avertY ?

Ludovic : 
Pour l’instant, je suis tout seul et j’aimerais bien m’associer avec des personnes pour pouvoir aller plus loin, et faire plus de choses. Ça reste limité quand on est tout seul. J’envisage ma vie professionnelle vraiment à plusieurs, pour avoir des vraies synergies de travail en groupe. Pour ces valeurs-là. Pour la communauté, ça me fait plaisir d’essayer d’animer une petite communauté à Grenoble. J’aime bien entrer en contact avec les gens. Récemment, j’ai rencontré une personne qui a fait une contribution, qui sera publiée pour la rentrée. On a fait une photo. C’était sympa de la rencontrer, c’était au Cabaret frappé. De voir les gens en vrai, c’est encore plus sympa. C’est aussi ce qui est prévu dans mon projet à la base : une fois que les gens ont débattu en ligne, qu’ils puissent aussi se rencontrer en vrai. J’ai cette envie de transcender le web, pour aller vers le terrain. Pour construire tout ça, c’est du travail. Je fais des programmations cet été pour les réseaux sociaux. Même quand je serais en vacances, il y aura quelques petites publications que j’ai automatisées, pour maintenir le lien, et continuer à être visible sur mon projet. L’idée, c’est d’être le plus visible possible. Plus je serais visible, plus j’aurais de facilité à trouver à la fois des partenaires, et pour être crédible aussi. Il y a donc un gros enjeu de communication pour moi.

Franchis ce matin du 26 juillet 2018.

Encouragez Olivier à parcourir les 5000 km restants en envoyant des questions, commentaires, mots sympas à ludovic.chataing@laverty.fr. Rejoignez le salon de discussions Discord. D’autres photos disponibles sur son blog.

Propos recueillis et mise en page par Ludovic Chataing
Photos Olivier Letz.