Grenoble est-elle Nupes ? L’interview de Julien Ailloud

Suite au vote du 1er et 2 mai, vous avez élu le sujet à 59% “L’union de la gauche aux législatives, acceptée localement ?”.

L’avertY a choisi d’interviewer Julien Ailloud, 34 ans, chef de file La France Insoumise (LFI) de la 5ème circonscription, qui s’est désisté pour un candidat Europe Écologie Les Verts (EELV). Il est aussi co-animateur du groupe thématique égalité Femme-Homme de son parti. L’interview a été réalisée en direct sur Twitch le jeudi 2 juin.

Commençons par le début. Quelle est ton histoire personnelle qui t’a amené à t’engager en politique, particulièrement pour La France Insoumise ?

Il y a un point de départ que je prends assez souvent : les attentats de Charlie Hebdo en 2015. Ça a été un moment assez fondateur pour moi, c’est un moment où je me suis dit qu’il fallait que j’agisse politiquement. J’ai été très touché par cette attaque, comme des millions de Français bien évidemment. Mais le fait de perdre sa vie pour exprimer ses idées m’a beaucoup touché. Rétrospectivement ça peut être drôle quand on sait les attaques que Charlie Hebdo peut mener contre Mélenchon et La France Insoumise, mais bon passons, c’est une autre histoire. 

J’ai commencé à rentrer en contact avec des gens du PG (Parti de Gauche) à l’époque, de Jean-Luc Mélenchon, qui me semblait être l’organisation politique la plus proche de ce que je pensais et de ce que j’avais envie de faire partager, d’expliquer aux gens. Bref, de faire avancer les idées. J’avais déjà voté pour Mélenchon en 2012, donc c’était assez logique dans mon cheminement. Et puis j’ai échangé avec quelques personnes du PG. On était d’accord sur les constats, mais je n’ai pas senti une envie plus que ça d’être intégré et d’intégrer le mouvement politique localement. Le PG Grenoble principalement. 

Un peu de temps est passé et après ça, en 2017, Mélenchon a lancé sa campagne. En février 2016 pour 2017. Je l’ai suivi de très très près, je savais déjà très longtemps à l’avance que j’allais revoter Mélenchon en 2017. Et en février 2017, il y a eu sur le campus de Grenoble – parce que j’étais doctorant à la fac à ce moment-là – une soirée avec les représentants des candidats, les gros candidats, quatre ou cinq plus gros, qui faisaient un débat ensemble dans l’amphithéâtre du bâtiment Pierre Mendès France. Il y avait vraiment beaucoup de monde, 500 personnes à-peu-près.

Je crois que j’y étais, c’est moi qui animait ça. 

Ah bah c’est pas impossible rétrospectivement. Il y avait Amin Ben Ali qui était le représentant, si tu te souviens, de Jean-Luc Mélenchon dans ce débat. C’était un peu un déclic, j’ai envoyé un message sur la page Facebook des Jeunes insoumis. Même si je n’étais plus très très jeune, toujours suffisamment à mon avis pour y participer puisque j’ai été accepté dans le groupe. Je suis rentré dans le groupe en février 2017. J’ai milité pour la présidentielle pour Jean-Luc Mélenchon. Ensuite, il y a eu la grosse déception… mais que j’ai un peu surmonté en faisant les législatives sur la 3ème circonscription de l’Isère. On avait Raphaël Briot comme candidat. On est arrivé au deuxième tour face à Émilie Chalas, même si après on a perdu. 

L’année suivante 2017-2018, il y a eu la loi ORE de sélection à l’Université, avec la mise en place de Parcoursup. J’étais toujours dans le groupe des Jeunes insoumis. J’ai pris la co-animation du groupe en avril, je crois. Je me suis progressivement de plus en plus investi dans le militantisme local principalement. Et parallèlement à ça, nationalement avec le livret égalité femmes-hommes où j’ai été recruté, on va dire, par la co-animatrice de l’époque parce que je faisais une thèse sur l’égalité de genre en politique. Donc il y avait un lien direct avec cette thématique. 

Pour résumer, ce sont surtout les débats en 2017 autour de la présidentielle qui t’ont amené à plus t’engager. 

Clairement. C’est ce qui m’a mis le pied à l’étrier. Oui, oui. Après j’ai fait les européennes, j’ai fait les municipales à Tullins, les départementales, et les régionales, où j’étais candidat [NDLR : sur la liste de Cécile Cukierman].

Les municipales à Tullins, avec Amin Ben Ali.

Tout à fait. J’étais son directeur de campagne. C’est toujours un camarade très proche. 

Tu étais investi, comme on dit “chef de file” dans la 5ème circonscription de l’Isère pour La France Insoumise. Depuis quand c’était prévu comme ça ?

Je suis arrivé sur la 5ème circonscription depuis 2020. J’ai refait un groupe d’action, d’insoumis, pour militer pour la présidentielle, etc. Et on a eu une assemblée de circonscription en décembre 2021, pour choisir entre nous ce qu’on appelle les chefs de file. Un binôme paritaire. 

Ça fait bien 6 mois.

Localement j’étais investi par mes camarades qui étaient d’accord avec ma candidature au mois de décembre et le temps que le national valide tout, c’était au mois de janvier ou février.

Tout était déjà prévu, planifié. À ce moment-là, il n’y avait pas d’histoires de négociations nationales ?

Non, pas à ma connaissance. Il y avait des discussions, mais bien souvent c’était pour se renvoyer au calendrier d’après les présidentielles étant donné qu’on voyait que les présidentielles déterminent pour beaucoup le jeu des législatives.

Je te pose tout de suite cette question de Matteo dans le chat. Il te demande “Est-ce que ton diplôme de doctorat a été utile pour ta carrière politique pour quelles que raisons que ce soit ?” Tu disais qu’on était venu te chercher sur la thématique égalité femmes-hommes en rapport avec ta thèse…

Tout à fait. Je pense que ça m’a été utile vis-à-vis de plusieurs aspects. Déjà clairement, comme on vient de le souligner, j’ai fait une thèse qui portait sur la vision qu’ont les citoyens sur les femmes politiques. C’est un sujet évidemment primordial, a fortiori à gauche. Et il y avait besoin d’un certain nombre de connaissances pour faire avancer ce sujet de notre programme qui s’appelle L’avenir en commun. On travaillait beaucoup sur quelles propositions sont à mettre dans le programme. On a fait des communiqués de presse. On a organisé des soirées, pour justement que les femmes prennent aussi la parole. Parce que ça aussi c’est une question souvent délicate en politique où le milieu est très masculin. Parfois même, il faut mettre en place des mécanismes pour que les femmes puissent émerger en politique. C’est un peu notre rôle. 

À propos de mon diplôme. On ne va pas se mentir, chez les Jeunes insoumis à Grenoble, par exemple, il y avait beaucoup d’étudiants. On est dans une classe sociale particulière, privilégiée en tout cas en termes de diplôme. J’ai donné des cours à l’université aussi à côté. Et pour la prise de parole, il est clair qu’avoir un diplôme où tu as exercé en tant qu’enseignant, ça aide beaucoup en politique. C’est un art oratoire par défaut. Avec peut-être aussi le tribunal où la parole est très très importante, dans la manière de s’exprimer. 

Il y aussi l’aspect réseau parce qu’il y a l’Université, les syndicats étudiants, les syndicats d’enseignants, qui sont pour certains assez ancrés à gauche. Ça permet aussi de se faire des connaissances dans le milieu local universitaire. C’est ta situation d’étudiants qui t’amène à interagir avec des gens qui ont déjà beaucoup de connaissances politiques. Il y a des gens de Sciences Po évidemment, mais aussi d’autres cursus, qui ont un certain background politique.

On parle un peu de ton parcours, c’est bien de savoir qui parle. Ça donne plus d’informations après sur ce que tu proposes comme vision politique. 

Tu as été investi au sein de ton parti LFI fin décembre, validé début 2022 au niveau national. Puis a eu lieu la présidentielle. Et ensuite ces négociations au national de la Nupes, Nouvelle union populaire écologique et sociale, qui regroupe la plupart des partis de gauche. Il y a eu toute une semaine, presque deux semaines, de négociations. Comment as- tu vécu au niveau local, suivi tout ça, ce rassemblement de la gauche ? Comment tu l’as senti ? 

Comme tu disais, il y a eu des négociations. Pendant 13 jours en tout. Il y a eu très peu de choses qui ont filtré au niveau des militants dans cette période, y compris des militants qui étaient chefs de file. J’ai vu sur les réseaux sociaux les circonscriptions qui étaient mises dans la balance par EELV durant les négociations. C’est là que j’ai vu celle où j’avais été investi chef de file. C’est comme ça que j’ai vu que cette circonscription était demandée. Même si auparavant j’avais lu un article sur Le Dauphiné-Libéré qui expliquait que EELV avait déjà investi ses candidats et considérait que les circos 3 et 5 étaient celles les plus gagnables pour le parti. Un article d’Eve Moulinier. 

Ta circonscription était déjà en vue d’EELV. 

Tout à fait, déjà avant les négociations. Je vais faire un petit retour en arrière. Au lendemain de la présidentielle 2022, on a fait 22% quasiment avec Mélenchon. Il était évident qu’il fallait construire quelque chose de plus grand que nous. Et c’est faire insulte à personne de dire qu’on était au moins la force motrice – on va dire – de ce qu’allait être le futur rassemblement. Moi je suis absolument ravi que nationalement on soit arrivé à un tel accord. Parce que c’est ce qu’il fallait pour avoir une chance d’avoir la majorité à l’Assemblée nationale. C’est quand même notre but in fine. 

Tu avais vécu 2017, il n’y avait pas eu ce genre de chose. 

Tout à fait. Par exemple, sur la circonscription 3, il y avait un candidat du PS, un candidat PCF, un candidat EELV, plus un candidat Insoumis. Donc 4 candidats. 

Ce qui a créé notamment, combiné à un faible taux de participation, des éliminations assez franches. Notamment sur la circonscription n°2, il y avait Taha Bouhafs qui finit 3ème derrière le Front National, Alexis Jolly. 

Et David Queiros [NDLR : maire de Saint-Martin-d’Hères], qui était 4ème si je me souviens bien.

Il y avait une division évidente des forces de gauche. On va voir que cette fois il y a un rassemblement “quasiment” parfait. On va en parler juste après. Pour continuer sur cette union de la gauche, on a l’impression que tu le prends avec prudence, dans la façon dont tu le dis. Est-ce que c’était un moment joyeux ou enfin quelque chose de naturel. Il a fallu se dire, c’est pas moi le candidat, tu t’es projeté pendant 6 mois là-dessus et j’imagine que tu t’es préparé. Donc je repose un peu la question, mais le fait de devoir se désister, comment ça se passe dans ta tête ?

Tu as utilisé les bons termes. J’étais vraiment préparé depuis plusieurs mois. Je m’étais projeté. J’ai commencé à réfléchir. J’avais un directeur de campagne, c’était quasiment fait, un mandataire financier. C’est des trucs très concrets pour être candidat. Comment financer la campagne, des choses comme ça. Je m’étais déjà beaucoup penché là-dessus. 

Le soir du 1er mai où l’accord s’est fait avec EELV, j’ai reçu un appel à minuit et quart, du national de La france insoumise pour me dire “Voilà, je préfère t’appeler avant que tu l’apprennes sur les réseaux sociaux ou dans la presse, mais ta circonscription va être allouée à EELV. Donc tu ne sera pas candidats pour nous. Mais tu restes chef de file de LFI pour répondre aux sollicitations médiatiques dans ce cadre”. 

Je ne veux pas cacher qu’effectivement la déception était grande ! Pour moi à titre personnel. Comme dit auparavant, je m’étais préparé et mis dans la tête que je serai candidat. Après, il faut faire la part des choses. Cette déception personnelle, qui a prévalu pendant quelques jours, je l’ai dépassé. Il y a deux choses. L’aspect programmatique : sur le fond ça semblait très prometteur, ce qui avait été décidé dans l’accord. Après, les personnes. J’étais ravi que l’accord se fasse pour des raisons programmatiques et mettre dans la balance un programme ambitieux. Les personnes, ça ne serait pas moi, mais c’est important in fine qu’on arrive à appliquer le programme qu’on met en avant. Ça a été difficile, mais ça ne m’empêche pas de faire campagne pour Jérémie Iordanoff sur la circonscription 5. 

Jérémie Iordanoff, qui est Secrétaire national adjoint EELV. Est-ce que tu le connaissais avant cet accord ? 

Non pas du tout. J’avais juste vu quelques-uns de ces tweets. 

Comment ça s’est passé ? Vous vous êtes rencontrés ?

J’ai fait un communiqué, quelques jours après l’acceptation du programme commun par les partis, pour dire que je suis toujours le représentant de l’Union populaire sur la circo et que j’aimerais bien qu’on échange entre nous pour voir comment on s’organise pour la campagne. À ce moment-là, Jérémie m’a contacté, on s’est appelé. On s’est dit les choses, qui n’ont pas à être sur le débat public, mais aussi des choses de fond. Des sujets qu’on penserait important d’aborder. Une des premières choses qu’on a faite, c’était la rencontre entre Jérémie, le candidat de la Nupes de toute la circonscription, et les militants France insoumise – Union populaire qui ne le connaissait pas forcément. Qui devaient eux aussi se dire “Ben voilà, on avait un candidat pressenti auparavant. On change”. Il faut aussi refaire du lien avec ce nouveau candidat. Échanger, voir comment il est. Ça a été aussi un petit chamboulement pour tous les militants de la circo pour LFI. 

C’est ça qui est intéressant à voir avec toi sur cette interview, c’est concrètement sur le terrain, comment ça se passe : est-ce qu’il y a des mélanges de bénévoles ? Est-ce qu’il y a une organisation qui se complète ? Quelle répartition des tâches ? Est-ce que tu peux nous raconter la campagne ? 

On a commencé par une réunion où étaient invités tous les militants des partis de la Nupes de la circonscription. Jérémie s’est présenté, ainsi que sa suppléante [Marie Questiaux]. Puis on a fait des ateliers pour échanger sur les points programmatiques qu’on aimerait mettre en avant, la manière de communiquer qu’on voudrait utiliser. Et puis la question importante c’est celle de la gouvernance, comment on mène cette campagne avec plusieurs partis derrière un seul candidat. C’est quelque chose de nouveau, on apprend en marchant quoi ! On tâtonne un peu, on essaye des trucs. On a une boucle de coordination sur une messagerie où on a un représentant par parti, plus Jérémie, sa suppléante, et son directeur de campagne. Du coup quand on a des choses à se dire, on parle là-dessus. Quand on a besoin de caler des réunions importantes, on cale des réunions. 

On a des boucles qui sont plus larges avec tous les militants de circonscription, qui sont mélangés, que ce soit EELV, PCF, PS, France insoumise, Génération·s. Pour les actions très concrètes, j’ai déjà fait des tractages avec des gens d’EELV, par exemple. On se concerte pour s’organiser aussi. Le risque c’était de s’organiser en silos et que certaines zones soient faites plusieurs fois. Où qu’on se dise “tiens aujourd’hui on est arrivé en même temps que les camarades du PS”, alors qu’on ne s’était pas concerté avant. C’est un peu dommage d’être au même moment alors qu’on aurait pu faire d’autres zones. C’est aussi des questions, des problèmes comme ça qu’il fallait résoudre. 

Est-ce qu’il y a un petit vent de fraîcheur, est-ce qu’il y a des nouveaux militants qui sont apparus ou ce ne sont que les militant·e·s du circuit local habituel ? Et toi, est-ce que tu as découvert de nouveaux militant·e·s ?

J’ai découvert à la fois des nouveaux militants France insoumise – Union populaire, des gens qui ont été motivés par la création de la Nupes et du programme commun. Qui se sont dit Macron a été réélu mais ce n’est pas terminé. Mélenchon peut toujours être premier ministre. Il y a le troisième tour. Du coup j’ai envie de m’investir maintenant. On a des arrivées de militants au sein de notre plateforme qui s’appelle Action populaire. Ce qui est vraiment bien. Ça fait un deuxième vent de fraîcheur après les arrivées des nouveaux et nouvelles militantes de la présidentielle de 2022. 

J’ai rencontré depuis un gros mois plein de gens que je connaissais soit sur les réseaux, soit pas du tout, d’autres partis. Parce qu’on se mélange beaucoup plus qu’auparavant. C’est intéressant. Il faut que ça se fasse en bonne intelligence. C’est-à-dire qu’on a des divergences sur certains points. Ça a été un sujet de conversation assez long au moment où on s’est tous rassemblés entre militants. Il faut arriver à échanger de manière assez fine, pour ne pas se heurter les uns, les autres, sur des divergences qu’on peut avoir de fond. Et qui sont quand même fondamentales. Mais à titre personnel et à titre inter-individuel, c’est très enrichissant de rencontrer de nouvelles personnes.

Je voulais revenir sur une question : toi Julien tu habites où ?

J’habite à Pontcharra. 

Donc qui fait partie de la circonscription, le plus au Nord-Est. Il y a encore des communes à l’Est de Pontcharra ? 

Ouais. Je suis à la bordure avec la Savoie. 

La question qui est posée dans le chat, c’est Jérémie Iordanoff, lui il habite où ? Est-ce que c’est un parachuté ? Et la question est complétée par “n’est-ce pas une mauvaise stratégie compte tenu de l’attachement des électeurs au côté local des candidats” ?

De ce que je sais, Jérémie – encore une fois je ne le connaissais pas avant – a un attachement à la commune de Saint-Martin-d’Uriage. Je crois qu’il y a grandi, si je ne dis pas de bêtise, et qu’il a toujours un terrain ou un potager. Je ne sais plus exactement. Donc il a toujours un attachement là-bas. Il a beaucoup voyagé. Il a été à Montpellier, il a voyagé en Europe. Il a beaucoup bourlingué quoi. 

En Isère, j’ai regardé les potentiels dissidents pour la Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale), regroupant le Parti socialiste, le Parti communiste, Europe écologie les verts, Génération·s et La france insoumise, leader du rassemblement. 

On sort un peu de la circonscription n°5. On a sur la deuxième circonscription la candidature de Jérôme Rubès, candidat communiste élu à Saint-Martin-d’Hères, dissident de son propre parti. Candidature qui n’est pas cautionnée par son maire David Queiros. C’est une candidature surprise. Tu l’as su quand et quelle est ton analyse de ça ?

Je l’ai su au moment du dépôt des candidatures. C’est un camarade de Domène qui m’en avait parlé. 

Tu le connais personnellement ?

Non, pas du tout. Pour moi c’est vraiment dommage qu’on arrive à avoir des candidatures dissidentes alors qu’on a fait beaucoup d’efforts, de négociations, de travail sur le programme. Je ne comprends pas l’intérêt d’une telle candidature alors qu’on est enfin arrivés à faire ce que tout le monde appelait de ses vœux depuis si longtemps : l’union de la gauche. En tout cas d’une très large partie de la gauche.

Dans le communiqué de presse “lettre ouverte de Jérôme Rubès et Diana Kdouh”, qui se sont lancés, un premier tacle est pour Macron, un deuxième tacle à l’extrême droite, et ensuite :

Extrait de la lettre ouverte diffusée par les candidats.

On dirait un communiqué de Lutte ouvrière, pardon. Le discours de Lutte ouvrière. Ils ont tout à fait le droit de penser ça. Mais je suis assez surpris d’une telle prise de position qui émane de quelqu’un du Parti communiste. Sachant que le Parti communiste est devenu réformiste depuis au moins 30 ans. Ça me laisse un petit peu sceptique comme argumentaires. 

Ça t’a fait un peu sourire, rigoler, quand même.

Forcément. C’est surtout le coup des bombardements en Libye. Pardon mais c’est vraiment utiliser la petite polémique, assez basse et assez vaine, qui émane bien souvent soit des macronistes, soit de l’extrême-droite pour tacler Mélenchon. Évidemment que Mélenchon ne soutient pas les bombardements de civils. Je ne sais pas dans quel monde on pourrait se dire que Mélenchon aime qu’on tue des gens gratuitement parce que ce sont des civils. Je ne sais pas encore s’il y a des gens qui sont dupes de ce genre de discours. Mais j’imagine que s’il se présente c’est qu’il imagine lui que c’est le cas. 

Cette dissidence là de Jérôme Rubès est très nette. À part ça, j’ai pu noter sur l’autre partie de l’échiquier politique de la Nupes, la candidature de Stéphane Gemmani dans la circonscription n°3, qui est apparenté socialiste. Il est élu socialiste aux régionales

Extrait du post Facebook de Stéphane Gemmani.

Ta réaction ?

Pareil, ça m’a un peu amusé. Il y a plusieurs choses à dire. Stéphane Gemmani a été candidat à toutes les candidatures, à peu près, depuis un bon moment maintenant. Il a essayé de faire des alliances parfois avec la droite, avec Matthieu Chamussy pour les municipales 2020. Ce n’est pas le plus intéressant sa personne, ce qui est plus intéressant c’est son positionnement politique. Il est sur le même créneau que les éléphants du PS qui ne veulent pas de la Nupes. Il considère qu’on est trop à gauche pour eux. C’est ça le nœud du problème. Et ils enrobent ça sous des termes comme quoi ce serait la gauche “républicaine”, toujours avec des guillemets. Car je ne sais pas en quoi, nous, nous ne serions pas républicains. Si quelqu’un arrive à me le démontrer, je suis preneur. Ils mettent ça en avant, comme s’il voulait montrer que par opposition, eux ce sont des républicains. Un peu de la même manière que la circonscription 2, je ne comprends pas le positionnement de ces gens qui sont bien souvent des apparatchiks de partis, de micro-partis qui vont probablement faire des micro-scores aux élections législatives.

En 2017, Michel Destot s’est présenté sur la circonscription n°3 une dernière fois. Il avait fait 10%. On est aussi avec cette tendance au niveau national où il y a quelques dissidences socialistes, qui ne sont pas d’accord avec le choix du parti d’Olivier Faure., J’imagine que Stéphane Gemmani s’intègre dans ces dissidences-là. C’est peut-être comme ça qu’on peut analyser son positionnement. Comme François Hollande qui va être critique sur cette alliance.

Je pense qu’il se dit qu’il y a un créneau à prendre. Mais voir que Destot fait 10% en 2017, que Hamon a fait 6% à la présidentielle. Là Hidalgo a fait 2% en 2022. Donc je ne pense pas que leur score soit faramineux aux législatives. Tout en répétant que nationalement le PS a signé l’accord pour faire partie de la Nupes. Donc ce sont des candidatures dissidentes de ce point de vue là. Ils visent objectivement à faire perdre la gauche. En tout cas, la majorité des partis de gauche qui pèsent dans le débat politique depuis des années. Je trouve ça vraiment dommage ces candidatures. On nous bassine depuis tant d’années avec l’union de la gauche et quand on arrive enfin à faire l’union, là y a toujours des dissidents qui arrivent à se pointer. Soit pour leur petite gloriole personnelle, soit pour faire valoir des idées qui ne sont plus de gauche depuis très longtemps. D’ailleurs sur la 5, on a Frédéric Vergez, qui est du MRC (Mouvement républicain et citoyen) et sur le même créneau. Ce sont des profils qui se répliquent. 

On va revenir sur ta circonscription n°5. 

Il y a donc 11 candidatures : Florence JAY pour Macron, Christine Tulipe pour Lutte Ouvrière, Nathalie Heller pour le Parti Animaliste, Jérôme Santana pour Le Pen, Jérémie Iordanoff le candidat Nupes, Quentin Feres pour Zemmour, Frédéric Rosset pour le Mouvement hommes animaux nature, Françoise Lecroq pour le Parti ouvrier démocratique indépendant, Frédéric Vergez pour Gauche républicaine, et des sans étiquette, Fabienne-Claire Leal et Anna Kolmakova. 

Malgré une fusion de plusieurs partis, on a pas mal de petits candidats. Qu’en penses-tu du nombre ?

Ça ne me choque pas plus que ça, c’est assez courant aux législatives étant donné qu’il n’y a pas la barrière des 500 signatures, comme à la présidentielle. À peu près n’importe qui qui arrive à trouver un suppléant, une suppléante peut se présenter. Tout en sachant que tu es remboursé de tes frais que si tu fais plus de 5%. Si tu n’engages pas beaucoup de frais, tu peux être candidat assez facilement aux législatives. Ça peut permettre de faire connaître des partis ou des causes localement, ça peut être une tribune. Donc je comprends qu’il puisse y avoir autant de candidats. On notera quand même qu’au niveau de la gauche ça s’est beaucoup resserré par rapport à 2017. Il y a beaucoup moins de candidatures, ce qui est normal avec la Nupes.

À noter sur cette circonscription qu’il n’y a pas de candidat LR. Catherine Kamowski, députée sortante LREM, n’a pas pu se présenter suite à un désistement de son suppléant dans les dernières 48h de dépôt de candidatures. Elle a fait un communiqué pour dire qu’elle arrêtait la politique à 64 ans, qu’elle se l’autorisait. On a donc un bloc libéral rassemblé autour de Florence Jay, a priori. Est-ce que d’après toi le président a quand même réussi à rassembler par la force des choses, notamment par rapport à ces pressions autour de Catherine Kamowski ?

Depuis 2017, Macron a donné tellement de gages à la droite qu’il a fini par en absorber une bonne partie. Fatalement, ça a amené Valérie Pécresse à faire moins de 5% à la présidentielle. Et à partir de ce moment-là, que tu dois lancer une législative derrière, c’est à la fois plus compliqué de trouver des candidats qui vont aller au casse-pipe, se prendre des tôles. Et surtout les candidats qui accepteraient de mettre de l’argent personnel sur le tapis sans être sûr d’être remboursé, si on considère qu’il y a une projection possible du score de Pécresse du national. Évidemment, ça dépend des circonscriptions. Mais sachant qu’elle a fait moins de 5% qui est le seuil pour être remboursé aux législatives, je pense qu’il y a des candidats qui se disent “c’est trop risqué d’y aller”. Le revers de ça, c’est qu’il y a des candidats qui disent je passe mon tour pour cette fois parce que je n’ai pas envie d’être associé à un probable échec des Républicains.

Sur le cas de Catherine Kamowski. J’ai une petite anecdote rapide. Je l’ai croisé une ou deux semaines avant le premier tour de la présidentielle. Elle faisait le marché à Pontcharra. Je lui avais demandé si elle allait se représenter, elle a dit qu’elle allait soumettre sa candidature au bureau national et que si sa candidature était retoquée au national, qu’elle partirait à la retraite. Emmanuel Macron veut mettre la retraite à 65 ans, elle a quand même de la chance de pouvoir partir tout de suite à la retraite. Passons. Elle a finalement essayé d’être candidate. Elle l’a dit à plusieurs reprises, sur ces propres deniers. De force plutôt que de grès, elle a pris sa retraite sans avoir essayé d’être candidate. Quand elle m’a dit qu’elle ne serait pas candidate, elle a essayé de forcer le chemin pour l’être. Bref, son cas appartient au passé. 

Je pense que la présidentielle a mis à jour les trois pôles qui sont principaux en France : la droite libérale représentée par En marche, Renaissance maintenant, l’extrême-droite, et puis y a nous la gauche progressiste. On est maintenant dans un système tripartite en France. C’est un chamboulement total par rapport à ce qu’on a connu en 2017, c’est sûr. 

Qu’est-ce que tu peux nous dire sur la géographie de la circonscription n°5 ?

La 5 a une forme vraiment particulière, je crois que c’est une des circonscriptions où il y a le plus d’habitants dans le département, malgré le fait qu’il y ait aussi Grenoble (sur la 1 et 3). C’est une circonscription très diversifiée. Il y a de tout. Des villes de l’agglomération grenobloise, donc un côté très urbain. Il y a un côté vraiment montagnard, côté Chartreuse et côté Belledonne. Puis, le côté péri-urbain, Pontcharra, etc. Et puis la Valdaine aussi. C’est vraiment diversifié comme circonscription. 

Un petit mot de la fin ?

Que dire de plus ? N’oubliez pas d’aller voter les 12 et 19 juin prochain. Moi j’irais voter, ça c’est sûr. Vous êtes libre de voter pour qui vous voulez, bien évidemment, mais c’est important qu’on fasse baisser le plus possible l’abstention. Je trouve ça toujours important. 

Interview réalisée en direct sur Twitch par Ludovic Chataing.

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Vivre la guerre à distance : l’interview d’Ekaterina.

Cette interview long format a été réalisée le vendredi 29 avril 2022 sur L’avertY suite au vote début mars des internautes où le sujet “Comment est vécu le conflit Ukraine-Russie depuis Grenoble ?” a récolté le plus de voix, à égalité avec l’article sur les femmes scientifiques (disponible ici). 

Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ? Qui tu es, et ce que tu fais dans la vie.

Je m’appelle Ekaterina, je suis d’origine russe. Je suis venue en France en août 2019 pour faire mon Master. J’aimerais bien faire une thèse mais c’est compliqué de prévoir quelque chose. J’ai fait un Master en information-communication, puis j’ai décidé de changer de parcours. J’ai été acceptée en Master littérature et langues étrangères, ce que je fais pour le moment. En deuxième année. Je suis censée rendre mon mémoire à la fin de l’année, mais vu tout ce qui se passe, j’ai pris un arrêt maladie. Depuis fin février. Je serais peut-être obligée de prolonger le cursus l’année prochaine pour finir le Master.

En tant qu’étudiante, on peut donc être en arrêt maladie ?

En fait, je suis passée au service accueil handicap. Je suis considérée comme handicapée partiellement, au niveau moral ça ne se passe pas très bien. 

Est-ce que tu as déjà visité l’Ukraine ?

Oui, deux fois. J’ai visité la Crimée avant 2014 avec ma mère, plus pour se baigner. Et ensuite j’ai visité Kiev en décembre 2013, quand la révolution en Ukraine a été déclenchée. On ne savait pas. On y est allé comme touriste. J’ai vu Maïdan, j’ai vu les policiers, les personnes armées… Après ça, je me souviens début 2015 que le service de sécurité d’État russe est passé chez moi en Russie pour me poser la question : est-ce que vous avez visité Kiev ? Si j’ai bien compris, ils surveillent les personnes, les Russes, qui étaient présents à Kiev à ce moment-là.

Avant le conflit de cette année, comment as- tu vécu ces événements de 2013 à 2015 ? Est-ce que c’était bizarre ou normal ? Qu’en as-tu pensé ?

À ce moment-là, j’étais dans la ville où je suis née à Kirov. C’était super bizarre, et ça m’a fait peur parce qu’on ne sait jamais. En Russie, on ne sait jamais. Si la police vient chez toi, il faut se poser des questions. Après, je n’ai pas eu de problème, jamais. Avec l’annexion de la Crimée et la guerre du Donbass qui a commencé, bien sûr on avait un peu peur. Moi et ma famille. 

Le conflit Ukraine-Russie de cette année a débuté il y a déjà plus de deux mois, le 24 février 2022, suite à la décision du président russe Vladimir Poutine d’une offensive militaire contre l’Ukraine. Comment as-tu vécu cet événement ?

Très mal. Je me souviens très bien. Je me suis réveillée, j’allume mon téléphone, je vois 10 000 messages, 10 000 appels. J’ai appelé ma mère. Ma mère était en larmes. Elle m’a dit, “je ne sais pas ce qu’il va se passer pour nous. Je ne sais pas comment vivre”. Elle était en panique. La tension commençait à augmenter. Car après, j’ai appelé mon père, ma grand-mère, mes ami·e·s. Les trois premiers jours c’était l’enfer, vraiment l’enfer. C’était un choc. Personne ne s’y attendait. Même si les armées russes étaient proches, tout le monde pensait en Russie que c’était pour faire peur en Ukraine. Mais que ça puisse se transformer en guerre, non. C’était un choc. 

Est-ce que depuis tu suis l’avancée du conflit en détail jour après jour ? Après ce choc, comment as- tu réagi sur le plus long terme ?

Les premiers dix jours, j’ai vraiment suivi de près. Où est-ce qu’ils vont, où ils bombardent, où ils attaquent, où ils reculent. Après en avoir parlé avec mon psychologue, il m’a dit d’arrêter parce que ça détruit la personnalité. Maintenant, oui bien sûr je me renseigne, une ou deux fois par jour et ça suffit parce que sinon c’est trop compliqué pour le moral. En 2014, c’était mieux vécu parce qu’il n’avait pas déclaré la guerre, “l’opération militaire” comme il appelle ça. On avait quand même l’impression que c’était surréaliste, parce que l’Ukraine c’est notre peuple frère. On annexe la Crimée… personne ne comprenait. Après, bien sûr, on s’habitue à tout. Par rapport à aujourd’hui, on n’avait pas vraiment peur.  

Parmi la population russe, on a l’impression que les informations qui sont reçues ne sont pas les mêmes qu’en France. Toi qui es en France et qui est Russe, est-ce que tu as une analyse de ça ? Comment tes proches en Russie voient le conflit ? Et est-ce que tu notes un décalage ? 

Il faut dire qu’en Russie la propagande fonctionne très bien. Les gens y croient, les gens regardent beaucoup la télé. Donc la propagande se fait à travers la télé. Elle fonctionne depuis longtemps. C’est un effet cumulatif. Ils ont peur de voir la vérité et préfèrent regarder ce que dit la télé. Pour se protéger, peut-être. Par rapport à ma mère, à mes proches, ils sont contre tout ça. Ne sont pas d’accord avec ça. Mes parents ne regardent pas la télé. 

Ils s’informent comment ?

Tout en ligne. L’État a rendu ça super difficile. Il y a une liste en Russie, de médias “agents étrangers”, je ne sais pas comment traduire, qui sont financés par les acteurs étrangers. C’est un peu comme les ennemis du peuple dans l’Union soviétique. Les médias dans cette liste, les médias d’opposition, sont bloqués. Donc pour avoir l’accès, il faut un VPN. Je sais que ma mère utilise un VPN. Sinon pas mal de médias d’opposition ont été fermés, les journalistes ont été obligés de partir. En France, je sais qu’il y a des journalistes d’opposition qui sont venus.

Il y a aussi Instagram qui a été restreint d’accès en Russie le 11 mars.

Instagram et Facebook. Il faut avoir un VPN.

Tes amies continuent d’y aller avec un VPN ?

Oui.

Est-ce que tu as des nouvelles de tes ami·e·s en Russie ? Est-ce que tu connais des gens qui sont témoins de l’activité militaire ? Ou bien ça ne change rien à leur quotidien ? Il y aussi l’empêchement de manifester…

Tu ne peux pas, c’est super dangereux. Tu ne risques pas seulement d’être emprisonné, tu risques de devenir handicapé. Les policiers sont agressifs en Russie. Ma copine m’a raconté qu’elle connaît des femmes, dont leur fils font la guerre en Ukraine. Cela paraît super bizarre, mais il y a deux types de mères : des super inquiètes qui disent “je ne sais pas où il est”, et d’autres qui disent “ils se battent pour nous, contre les nazis. S’il meurt, il meurt pour la patrie”, donc ça va. C’est assez choquant. 

Pour toi, au quotidien, qu’est-ce que ça change qu’il y ait la guerre en Ukraine ? Tu as dis que tu étais en arrêt maladie…

Pour les études, j’ai dû arrêter parce que je ne peux plus me concentrer. Je ne peux plus travailler. J’ai vu un médecin. Ça m’oblige à prolonger mon cursus. Toutes les sanctions contre la Russie, c’est nous qui subissons, c’est pas le président Poutine. 

Lesquelles ?

Tout ce qui est financier. Depuis que Visa et MasterCard ont été arrêtés en Russie, je ne peux plus utiliser mes cartes russes. J’en ai quatre, et à chaque fois c’est refus. 

C’est arrivé quand ?

À partir du 11 mars, début mars. Ça a été bloqué direct.

Comment tu te débrouilles, du coup ?

J’ai une carte française. Heureusement, j’avais un peu de sous. Avant la guerre, je travaillais en ligne aussi pour “Le Média” russe. Je rédigeais les textes en ligne. Depuis le début, mon employeur m’a appelé pour me dire que c’était fini, “on ne peut plus te payer parce qu’on a perdu de l’argent”, à cause des sanctions. Ils ont gelé les transactions financières. Il a perdu au moins la moitié de son argent. Donc j’ai perdu mon travail. En Russie les cartes fonctionnent parce que c’est la banque centrale qui assure le fonctionnement des cartes Visa, MasterCard. Mais pour les Russes à l’étranger comme moi, rien ne fonctionne. 

C’est bizarre parce que les sanctions ont visé le pouvoir, le gouvernement, mais ils visent des gens déjà obligés de fuir la guerre à l’étranger, qui sont contre, qui protestent. 

Quelles sont les autres contraintes que tu as vécues ?

La russophobie. Des fois, j’hésite à parler russe, surtout quand je vois qu’il y a des Ukrainiens. Par exemple, je suis allé à la messe à l’église orthodoxe grecque, et en sortant de l’église il y avait des ukrainiens installés devant l’entrée. Ils ont vendu des roses en disant qu’ils vont donner cet argent là aux réfugiés. Ils avaient des drapeaux ukrainiens donc c’était assez évident. 

Avant ça, tu as parlé avec des Ukrainiens ?

Oui, j’ai un ami ukrainien, ici en France. Il est super gentil, je l’aime bien. Mais en mars, j’ai décidé de prendre un peu de recul parce que, oui, il était envahi par les émotions. Des fois, il est assez agressif par rapport aux Russes en général, ce qui me gêne. 

J’ai eu la situation de la russophobie de l’autre côté. Dans la résidence universitaire où j’habite, je connais un étudiant qui est Franco-Russe. Son père est Français. Sa mère est Russe. Il a deux passeports aussi. Lui, il m’a vraiment insulté parce que je suis contre la guerre et qu’il est pro Poutine. Il m’a insulté à mort.

Qu’est-ce que tu as pu faire suite à ça ?

J’ai signalé à l’université, à la cellule anti-discrimination et harcèlement. Mais je n’ai pas de retour. Parce que ça s’est passé dans les résidences Crous.

Tu le croises encore ?

Oui, je le croise mais on ne parle pas.

Est-ce que tu subis d’autres choses ?

Non, en général les Français sont super gentils avec moi. Au moins ceux que je connais. Ils me soutiennent. Quand tu passes dans la rue, ils ne peuvent pas savoir si je suis Russe ou pas. Je voulais même aider les réfugiés, parce qu’ils ne parlent pas Français. Comme je parle Russe, moi je pourrais les aider, mais j’en ai parlé avec mon psychologue et m’a dit que peut-être ce n’est pas la meilleure idée maintenant.

Est-ce que c’est possible de revoir ta famille prochainement ?

Pas vraiment. Ce qui est vraiment pénible, c’est que je ne suis pas retourné en Russie depuis 2019, avec le Covid, le premier confinement, le deuxième, etc. Maintenant c’est la guerre, l’espace aérien européen est fermé pour les Russes. Il faut passer soit par la Turquie, ou l’Azerbaïdjan. C’est super long, c’est super cher et c’est assez dangereux. Donc je n’ai pas vraiment d’idée de comment aller voir ma mère. 

Vous en avez parlé avec ta mère ? Est-ce que toi tu voudrais plutôt revenir en Russie dès que possible ou est-ce que tu envisages de rester là un peu plus longtemps après les études ? 

Je veux faire une thèse. Je voudrais bien que ma mère puisse venir en France, mais c’est aussi pas évident parce que l’ambassade française en Russie ne donne pas forcément de visa dans la situation actuelle.

Est-ce que tu as déjà participé aux élections en Russie ? Est-ce que Vladimir Poutine va se maintenir au pouvoir d’après toi ? Quelle est ta vision du chef d’État ?

Je peux dire que je n’ai jamais voté pour Vladimir Poutine. Jamais. Ni pour le parti qu’il représente, la Russie unie. Je pense que maintenant, lui, il est piégé. Il ne peut pas partir. Même s’il veut, je ne vois pas. S’il part, il n’est pas sécurisé. Je pense qu’il va essayer de rester jusqu’à la mort. Je ne vois aucune option, vraiment. 

Est-ce que jusqu’ici les résultats des élections ont été respectés ? Comment tu analyses qu’il puisse rester encore et encore ? Il a fait en sorte de changer la constitution pour pouvoir éventuellement se trouver un rôle à la suite de son mandat, censé se terminer en 2024. Est-ce que tu as un espoir que ça évolue ?

Non, je n’ai pas d’espoir, surtout dans le contexte actuel. Par rapport aux élections : oui, il y a des fraudes. Mais je pense que même sans les fraudes, il gagne. Encore une fois, la propagande marche très bien. Les gens regardent la télé, pensent que c’est le meilleur président, qu’il nous protège contre les nazis. Qu’il faut répéter le scénario de 1945, quand on a gagné contre les nazis. 

Le 9 mai c’est une fête nationale russe ? 

Oui c’est comme le 8 mai en France, nous c’est le 9 mai. C’est le jour de la victoire contre les nazis. 

D’après ce que j’ai lu, l’offensive russe dans le Donbass a pour but d’obtenir des images, des preuves que la mission est accomplie pour libérer le Donbass. Tu penses qu’elle va se passer comment cette fête cette année ? Qu’est-ce que tu peux nous dire sur cette fête ?

Il y a une grande parade militaire sur la place rouge où le président et tous les ministres sont présents. C’est vraiment comme le 14 juillet en France, je pense. Oui c’est la fête la plus patriotique. Poutine l’adore cette fête. On a des hélicoptères, des avions qui chassent les nuages pour qu’il ne pleuve pas. Pour qu’il fasse beau sur la place rouge, et ça coûte super cher ! Mais c’est vrai. Dans le contexte actuel, ce n’est pas possible de faire la fête. Pour moi non. Mais pour eux, oui, c’est montrer le patriotisme. On verra. Tous se demandent comment va se passer le 9 mai. On ne sait pas trop.

Est-ce que tu veux rajouter un petit mot de la fin ? Quelque chose qu’on n’aurait pas dit et que tu aurais envie de dire ?

Je voulais mentionner un truc. Ils ont choisi le symbole Z, comme le symbole de la guerre. Si j’ai bien compris, ce sont les symboles des chars de l’armée de terre. Les médias de la propagande choisissent ça comme symbole de la victoire contre le nazisme. Ma mère raconte qu’ils mettent ce Z partout : sur les bâtiments, les transports, même dans les magasins “Nous sommes avec nos militaires”. Ça énerve ma mère, très angoissée par ça. C’est grave quand même.

Interview réalisée par Ludovic Chataing.

27% de femmes scientifiques en France, et à Grenoble ?

Illustration : Une chercheuse travaille à la mise en place de cristaux de protéine sur une ligne de rayons X de l’Installation européenne de rayonnement synchrotron (ESRF) de Grenoble.

Sujet élu le 2 mars avec 36% des votes, à égalité | rejoindre les 82 abonné·e·s

Selon l’Institut de statistique de l’UNESCO, en 2019 moins de 30% des chercheurs dans le monde sont des chercheuses. En France, elles sont seulement 27%. Et à Grenoble ? 

Le bassin grenoblois est réputé pour être un des centres scientifiques français majeurs. Pourtant, on compte peu de femmes dans les sciences dites “dures” (mathématique, physique, informatique…). D’après le dernier rapport de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) consacré aux parcours scolaires et universitaires des filles et des garçons datant de 2022, les filles s’orientent moins vers les filières scientifiques, sauf celles liées au secteur de la santé. Dans la voie générale, et si on enlève les Sciences de la vie et de la terre, elles ne sont que 35% en spécialité maths/physique-chimie, 13% en maths/sciences de l’ingénieur et 11% en maths/numérique, sciences informatiques.

Extrait du dernier rapport de la DEPP, concernant la part de femmes dans l’enseignement supérieur.

Dans l’enseignement supérieur, les femmes sont plus nombreuses à être diplômées, 53% contre 46% pour les hommes. Mais elles ne représentent que 29 % des élèves en formation d’ingénieur, et 31% en classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques.

Une exposition pour montrer l’exemple

Du 20 novembre au 5 décembre 2021, 21 portraits de femmes scientifiques grenobloises étaient visibles au Jardin de Ville. Cette exposition baptisée « La Science taille XX elles » a été élaborée par le CNRS et l’association Femmes et Sciences. Elle consiste à faire poser des femmes scientifiques de leur ville. Après une première exposition à Toulouse en 2018, puis à Lyon en 2019 et en Île-de-France en 2020, l’exposition s’est déclinée en 2021 à Grenoble. “Elle est née de notre volonté de montrer des exemples pour motiver les filles à se lancer dans les sciences. Il ne s’agit pas de prix Nobel, ce sont des chercheuses, ingénieures, techniciennes…”, décrit Fairouz Malek, directrice de recherche au CNRS et coordinatrice de l’exposition. Cette dernière est engagée depuis de nombreuses années en faveur de la parité en sciences. Elle a notamment co-fondé l’association Parité Science à Grenoble en 2002 et en a été sa première présidente. Même au CNRS, les inégalités subsistent :

Je constate des disparités. Par exemple, un homme va plus rapidement grimper les échelons. Pour passer de chargé de recherche à directeur de recherche, ce temps est plus court d’au moins cinq ans par rapport à une femme.

Fairouz Malek, directrice de recherche au CNRS.

Il ne devrait pas y avoir de différence de salaire puisque nous sommes fonctionnaires. Pourtant, à l’heure actuelle, je suis moins payée qu’un homme qui a la même carrière que moi, puisqu’il a atteint un grade plus élevé que le mien. 30% d’hommes passent au grade supérieur par rapport aux femmes”, déclare Fairouz Malek.

L’exposition “La Science taille XX elles” compte 21 portraits de femmes scientifiques grenobloises. Ils sont actuellement exposés à Valence. © Vincent Moncorgé – CNRS / Femmes & Sciences / Parité Science / UGA / Grenoble INP – UGA / Inria – 2021-2022

Le CNRS a publié le 20 décembre 2021 des chiffres concernant la parité. En 2020, le Centre comptait en moyenne 43,1 % de femmes sur 33 000 personnels. La parité est atteinte pour la catégorie des ingénieurs et techniciens (IT) avec 50,2 % de personnel féminin en 2020. En revanche, la proportion féminine diminue par rapport à 2000 où les femmes étaient 52,2 % dans cette catégorie. 

Des traitements différents que pour les hommes

Le bassin grenoblois compte cinq grands laboratoires et instruments internationaux, ainsi que neuf organismes de recherches. Giovanna Fragneto a commencé à travailler à l’Institut Laue-Langevin (ILL) en 1997, après des études de chimie en Italie, puis un doctorat à Oxford en physique-chimie. Elle a également milité pendant 20 ans au sein de Parité Science. “C’est l’association qui m’a fait ouvrir les yeux sur certaines choses. Avant je ne me rendais pas compte des discriminations. Je n’en ai jamais subi, mais on m’a déjà fait des réflexions.” En 2015, elle devient la première femme “group leader” à l’ILL, c’est-à-dire cheffe d’une équipe de 50 à 60 personnes.

“Une collègue est devenue cheffe d’un autre groupe peu de temps après. Un de nos directeurs nous a convoqué toutes les deux et nous a proposé d’avoir des vice-chefs, soi-disant car nous aurions besoin d’aide. Cela n’a pas été proposé à nos collègues masculins. Pourtant, nous avions toutes les deux beaucoup de succès et nous étions très efficaces.

Giovanna Fragneto, cheffe d’équipe à l’Institut Laue-Langevin.

Michela Brunelli est physicienne. Italienne d’origine, elle s’est installée à Grenoble il y a une vingtaine d’années pour finir son doctorat. Après des années dans ce métier, elle n’a pas obtenu de position permanente à l’ILL, ni à l’ESRF : “En tant que femme, nous n’avons pas le même traitement que les hommes. Je l’ai constaté une première fois lors de mon congé maternité. Avant, j’avais une position de “senior”, avec un bon salaire. À mon retour, j’ai dû accepter une position plus basse, de post-doctorante, avec un salaire 25% plus bas”,  regrette-t-elle.

À 50 ans, elle envisage une reconversion professionnelle:  “Ce n’est pas un vrai choix. Depuis que j’ai eu mes enfants, ma carrière n’a pas progressé. C’est soit accepter un travail dans les sciences avec un salaire plus bas et des horaires qui ne me conviendraient pas, soit changer de domaine. Car ma priorité maintenant c’est de m’occuper de mes enfants. J’aimais beaucoup mon travail, cela ne me dérangeait pas de faire des heures supplémentaires. Donc cela me rend triste de devoir en changer. Mais je n’ai pas de perspective.” Elle rajoute : “Il ne s’agit pas uniquement du congé maternité car j’ai d’autres collègues à l’ESRF qui se retrouvent dans la même situation que moi, alors qu’elles n’ont pas d’enfants.”  

Le combat pour l’égalité salariale au sein de STMicroelectronics

Si dans la recherche publique, la parité semble presque atteinte, ce n’est pas le cas dans le secteur privé. Au sein de STMicroelectronics (STM), onze salariées, techniciennes, opératrices et ingénieures des sites de Grenoble et Crolles ont saisi l’inspection du travail et ont chacune engagé une procédure judiciaire devant le Conseil des Prud’hommes de Grenoble en octobre 2016. “En 2007, j’ai rejoint l’UGICT, le syndicat des technicien·ne·s, opérateur·trice·s, ingénieur·e·s et cadres chez STM. Comme ils ont accès aux données de l’entreprise, j’ai vu les écarts de salaires pour la première fois. On est sur un écart de 300 à 400 euros par mois entre un homme et une femme”, raconte Nadia, ingénieure en Recherche et Développement micro-électronique chez STM depuis 1999.

Christelle, elle, est ingénieure de test et a rejoint le syndicat en 2011 : “Mon mari et moi avons été embauchés en même temps chez STM, en 1990. Depuis, nous avons eu quatre enfants. Sa carrière a avancé, pas la mienne.” Elle renchérit : “En 30 ans de carrière, je trouve que nous n’avons pas avancé. Il y a moins de blagues sexistes certes, mais l’écart salarial ne bouge pas et les femmes n’arrivent pas à obtenir des postes haut placés.”

Nadia, ingénieure chez STMicroelectronics, manifeste avec le drapeau de la CGT lors de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2022.

Malgré des décisions de justice favorables, le combat continue. Dix salariées ont fait appel et attendent une nouvelle date. La onzième a été dépaysée à Valence et a gagné son procès, STM a donc fait appel. Elles réclament notamment un panel de comparants (voir encadré ci-dessous), ce qui leur permettrait de se comparer à des hommes embauchés chez STM, dans les mêmes conditions qu’elles (même niveau de diplôme, même coefficient, etc…). Elles pourraient ainsi prouver la discrimination. Une des onze femmes a formé un pourvoi en cassation pour lequel un arrêt favorable a été rendu le 16 mars 2021.

La méthode des panels ou méthode “Clerc”

Cette méthode a été mise au point au cours des années 1990 par François Clerc, syndicaliste à la CGT et chargé des dossiers relatifs aux discriminations. Elle était utilisée pour comparer les carrières des militants syndicaux à celles d’un panel de salariés avec une ancienneté équivalente, un même niveau d’embauche, placés dans des conditions de travail similaires. 

Il faut procéder en trois étapes : d’abord construire un panel de « salariés-comparants » ; puis faire un calcul de moyennes ; et enfin comparer des données avec la situation du salarié discriminé. Ces panels sont transposés en graphiques et histogrammes. C’est ensuite à l’employeur, selon le Code du travail, de prouver que cette différence de traitement est justifiée par des éléments objectifs. Cette méthode s’applique en principe à toutes les discriminations fondées sur le sexe, l’origine ou encore le handicap.

Le premier accord portant sur l‘égalité professionnelle entre les femmes et les hommes chez STM date de 2006. Fin 2020, les négociations pour renouveler cet accord ont échoué : la CGT et la CFDT n’ont pas signé le projet. Le 30 décembre 2020, la direction de STM a donc édicté un Plan d’action unilatéral relatif à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie au travail. 

Contactés, l’ILL, l’ESRF et STM n’ont pas donné suite à nos demandes.

Encourager les filles à faire des sciences

Depuis de nombreuses années, l’association Parité Science organise des interventions dans les collèges et lycées pour encourager les filles à faire des sciences. “Nous sommes deux, un homme et une femme. Nous leur présentons nos métiers et nos parcours. À la fin, nous leur posons la question “qui pense faire des sciences plus tard ?” Automatiquement, ce sont des garçons qui lèvent la main. Puis quand j’insiste en demandant si des filles seraient intéressées, une lève timidement la main et répond qu’elle pense faire médecine ou travailler dans le “care”. Pas une d’entre elles ne veut faire des sciences dures”, déclare Fairouz Malek.

L’association Parité Science et Phelma réalisent des affiches lors des Forums des métiers pour montrer l’impact des stéréotypes de genre.

Anna Peixoto, chercheuse et travaillant au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie (LPSC) depuis octobre 2021 est également du même avis : “Je pense qu’il faudrait organiser davantage d’interventions dans les écoles, dès l’école primaire. Si des scientifiques ou chercheuses venaient nous présenter leur métier, nous aurions davantage de modèles.” Son attrait pour les sciences lui vient d’ailleurs d’une visite qu’elle a faite au lycée : “Nous avions ce qui s’appelle des summer school, c’est-à-dire que nous faisions des visites dans des universités notamment. Un jour nous avons visité un laboratoire et c’est là que je me suis rendue compte que je voulais travailler dans ce domaine”, se souvient-elle. 

La question des inégalités se pose également dans les écoles d’ingénieurs. Avec la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019, Grenoble INP a dû mettre en place un plan d’action pluriannuel pour l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Ce plan étant obligatoire et assorti de sanctions, les écoles ont donc mis plus de moyens en faveur de l’égalité professionnelle. En 2012, Grenoble INP a créé la fonction de “chargé de mission pour l’équité femmes-hommes”. Céline Ternon, enseignante-chercheuse, occupe ce poste depuis février 2020 et pour une durée de quatre ans. “Nous organisons de nombreuses actions communes avec l’UGA, notamment la Journée Femme IngénieurE. Nous avons également participé à l’exposition “Science taille XX elles” et au concours Ingénieuses. Nous sommes en train de créer un programme de mentorat pour accompagner les carrières de tous les personnels de Grenoble INP-UGA dans un objectif de développement de carrière sans biais de genre. Enfin, nous sommes en train de développer une plateforme de signalement des violences sexistes et sexuelles, commune pour le personnel et les étudiant·es”, explique-t-elle. 

La part d’étudiantes dans les grandes écoles d’ingénieurs n’a pas progressé en dix ans, d’après une étude de l’Institut des politiques publiques (IPP) publiée mardi 19 janvier 2021. Cette dernière analyse les origines des étudiant·e·s de 234 grandes écoles. Les femmes représentaient 26 % des promotions des écoles d’ingénieurs en 2016-2017 (21 % dans les écoles les plus mieux classées), comme dix ans plus tôt. 

Céline Ternon, enseignante-chercheuse, réalise également des interventions dans les écoles qui en font la demande. “L’objectif c’est aussi de travailler en amont, bien avant l’entrée en école d’ingénieur. Nous avons des interactions avec la Maison pour la science, qui forme des professeur·e·s du primaire au lycée à la démarche scientifique. Nous réalisons donc des formations sur l’égalité, le genre et les stéréotypes à destination des enseignant·e·s pour qu’ils prennent conscience de l’importance de leur rôle dans la création des stéréotypes et biais de genre”, précise-t-elle.

Cependant, certaines mesures prises récemment par le gouvernement vont faire régresser la présence des femmes dans les sciences. C’est notamment le cas de la réforme du lycée de Jean-Michel Blanquer. En 2019, dernière année de terminale avec l’ancienne répartition en filière, il y avait 47,5% de filles en terminale Scientifique. En 2021, elles ne sont plus que 39,8% en spécialité maths, selon les données du Ministère de l’Éducation nationale. Ce taux est au plus bas depuis 1994, où les filles étaient 40% en filières mathématiques. Ce chiffre baisse encore davantage si l’on regarde la part de filles dans l’option mathématiques expertes, destinée à compléter la spécialité maths : elles ne sont plus que 31,4%. Face à de nombreuses critiques, le gouvernement pourrait faire marche arrière. 

Pour aller plus loin : Le paradoxe de l’égalité des sexes. Article de The Conversation

Reportage réalisé par Lola Manecy
Illustration Alice Quistrebert

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