Électeur es-tu là ?

“Les élections européennes” a été élu sujet du mois avec une courte voix d’avance, malgré un record de 104 participants (à 40% et 42 votes). Le moment idéal, quelques semaines avant le tour unique du 26 mai 2019. Pour s’ancrer dans l’actualité locale, L’avertY a décidé de se concentrer sur l’implication des militants dans cette campagne électorale, ainsi que les techniques déployées pour susciter l’intérêt des électeurs.

Si la campagne des élections européennes ne passionne pas les foules, cela n’empêche pas quelques irréductibles militants de continuer à mettre en valeur leurs idées politiques. Au cours du mois d’avril, des phrases comme “ah bon, il y a des élections ?” ne sont pas rares, ce qui donne une toute première mission, commune à tous : informer sur l’élection en elle-même (voir fiche pratique en fin d’article).

S’il est difficile d’établir un panorama précis des militants les plus engagés sur le terrain, on peut dire qu’ils sont actifs là où se trouvent leurs élus ou leur électorat. À titre d’exemple à droite, Debout La France envisageait une réunion à Voreppe avec son élue Florence Delpuech. Le Rassemblement National organisait un meeting à Voiron le 2 mai, où siège le conseiller municipal Alexandre Collin. À gauche, le nouveau parti Génération·s, piloté par Benoît Hamon, s’est réuni dans un bar de Grenoble en présence de l’élu grenoblois Paul Bron. Quand au Parti Communiste Français (PCF), il rassemblait ses maires et électeurs de l’agglomération, à Echirolles le 5 avril, en présence de la tête de liste Ian Brossat.

La technique du train, dite “vague verte”

Pour Europe Écologie-Les Verts (EELV), la cible idéale ce sont les personnes qui prennent le train. Ce jeudi 30 avril, une dizaine de militants se sont regroupés gare de Grenoble pour distribuer des journaux de campagne. L’action se déroule simultanément (dans la journée) dans plus de 200 gares de France. Soit “entre 100 000 et 150 000 journaux” à écouler. Pour Grenoble, Gières et Échirolles, un stock de 5000 journaux est prévu. Les journaux seront diffusés sans difficulté majeure entre 7h30 et 9h du matin. Un horaire stratégique permettant de toucher les personnes partant au travail, mais aussi aux adhérents de venir participer à l’opération “vague verte”.

À droite l’élu Pierre Mériaux, à gauche Jérôme passe un appel pour le boulot.

Le titre en jaune du journal gratuit “J’veux du bonheur !”, et le sous-titre “fin du monde, fin du mois, même combat”, rappelle sans équivoque le mouvement des gilets jaunes, en particulier le documentaire dédié du journaliste-député François Ruffin “J’veux du soleil !”.

Dans le groupe présent ce matin-là, on retrouve des militants rodés depuis des années. Ali milite depuis 6 ans, Jérôme depuis environ 10 ans, Béatrice depuis plus de 30 ans, Michel depuis 40 ans. Et puis il y a Diego, “je viens de déposer mes filles à l’école”, désireux de participer à ce type d’opération pour la première fois. Sympathisant sans être adhérent, ce sera aussi sa première participation à une élection française. Originaire du Chili, venu en France pour ses études, il a récemment obtenu la nationalité. Il est venu aider pour honorer ce nouveau droit de vote, mais aussi pour ses filles de 3 et 6 ans. Au Chili, il a connu l’impact du dérèglement climatique et les problèmes de déforestation et vit son implication de manière internationale, “on est tous liés”.

La technique du marché, en groupe d’action.

Ce mercredi 10 avril, quatre militants de La France Insoumise (LFI) distribuent des tracts sur le marché Saint-Bruno pour annoncer la réunion publique qui a lieu le soir même à Fontaine avec le candidat local Alain Dontaine (colistier n°56) et les nationaux Manuel Bompard (colistier n°2) et Anne-Sophie Pelletier (colistière n°5). Ce “groupe d’action” milite spécifiquement dans les quartiers Saint-Bruno, Estacade et Europole.

Laura distribue son dernier tract “le plus dur à donner”. À sa droite, Sébastien et Guillaume.

L’élue à la région, Émilie Marche en fait partie. Elle explique qu’au marché “ça prend plus”, contrairement aux arrêts Alsace-Lorraine des trams A et E où les gens sont “speed”. Mieux que ça, les personnes s’arrêtent pour entamer une discussion. Ce qui fait conclure Laura, militante depuis 1 an et demi, que “le terrain permet de connaître le quotidien des individus”. La conversation entre Guillaume, 29 ans, et un passant l’illustre bien :

– “J’ai fait 178 trimestres, je travaille depuis 46 ans et je continue à travailler.”

– Guillaume : “[Le vote] c’est le seul truc qu’on a pour changer les choses”.

– “Même Mélenchon, il ne va rien changer.”

Militant pour LFI depuis une année, Guillaume n’en est pas à ses premières expériences. Il était auparavant militant pour EELV à Marseille, avant de rejoindre le parti de Jean-Luc Mélenchon. C’est le discours “verdi” du candidat à la présidentielle et le “délitement total des Verts” qui l’ont convaincu. Il avait pu exprimer toute sa déception sur France Inter en février 2016, face à Emmanuelle Cosse, ex-secrétaire EELV. Aujourd’hui, il identifie deux moyens d’actions : “les urnes ou la révolution”. Il passe ainsi du temps sur les réseaux sociaux, mais aussi sur d’autres luttes, comme celle des gilets jaunes. Fidèle à ses convictions, il a même récemment quitté son travail d’ingénieur en mécanique car “la boîte a changé son activité et ne fait que de l’armement”. Enfin, Sébastien a lui aussi quitté EELV pour LFI. Il était militant chez Les Verts depuis 1999. Pour sa part, c’est un manque de consultation des militants qui l’a fait partir même s’il garde “de bonnes relations au niveau local avec les autres militants EELV”.

La technique du rassemblement général, dite “meeting populaire”

Salle des fêtes d’Échirolles, vendredi 5 avril, tous les militants communistes sont invités dès 20h à participer à un “grand meeting populaire”. Un rassemblement qui fera salle comble, pour environ 400 personnes, afin d’écouter la tête de liste PCF Ian Brossat, mais aussi Lucie Martin, la jeune colistière locale qui vient d’avoir 19 ans.

À la tribune, le maire Renzo Sulli. Debout à droite, face aux militants, Ian Brossat.

Plus tôt, aux alentours de 18h, quelques militants se sont retrouvés autour d’une “table ronde” sur les services publics. Si Lucie Martin montre avec Ian Brossat, un visage jeune et neuf, ce n’est pas le cas de l’audience de cette mini-conférence. Les militants présents n’hésitent pas à prendre la parole longuement lors des questions du public et à s’interpeller par leur prénom, avec ce sentiment que tout le monde se connaît déjà depuis longtemps.

La moitié de la salle des fêtes est réaménagée par les militants, suite à la table ronde qui se termine.

Au cours de l’avancée de la soirée, les militants transforment la salle en enlevant certains panneaux et en ajoutant des chaises en fond de salle. Pendant que la conférence de presse a lieu en extérieur, la salle se remplit. Puis c’est au maire échirollois, Renzo Sulli, d’ouvrir le bal des prises de parole successives. Au premier rang, quelques élus dont le maire martinérois David Queiros. La salle est chauffée progressivement par le discours de Lucie Martin, puis des autres colistiers Michel Jallamion (non-encarté) et la sénatrice Cécile Cukierman. La tête de liste Ian Brossat reprend alors les rennes, et s’appuie sur l’actualité du moment : son premier grand débat télévisé a eu lieu la veille sur France 2.

Auditeur du meeting tenant le journal L’Humanité, intitulé “Marx, le coup de jeune”.

La venue de la tête de liste n’a pas été anodine pour les acteurs politiques grenoblois. Dans l’assistance, on aperçoit Yann Mongaburu, vice-président métropolitain aux déplacements et conseiller municipal délégué à Grenoble. Ludovic Bustos, maire de Poisat et vice-président métropolitain espaces publics et voirie, était aussi présent, mais sous sa casquette d’artiste dans le duo musical Ke Onda. Cette journée a été aussi l’occasion d’une rencontre avec le maire Éric Piolle.

Rencontre assumée entre Éric Piolle et Ian Brossat, au bar de La Belle Électrique. Photo d’un lecteur de L’avertY.

La technique numérique, dite “réseaux sociaux”

Nouvelle salle, nouvelle ambiance. Samedi 27 avril, le café Jules Verne accueille une réunion publique du nouveau parti Génération·s de Benoît Hamon. Émancipé du parti socialiste depuis décembre 2017, le parti réunit des anciens militants socialistes, mais aussi des jeunes, smartphones au poing. Une équipe à l’aise avec les réseaux sociaux qui permettra d’alimenter Twitter tout au long des prises de parole des colistiers Zerrin Batanay, Paul Bron, Arash Saeidi et Jacques Terrenoire.

Mathilde (tout à droite) tweete avec les autres militants pendant la prise de parole des colistiers.

La technique est simple. Un compte propose une citation d’un candidat, puis les autres militants de la salle partagent le tweet (retweet) pour donner plus de visibilité au mouvement. Des mots-clés (hashtag) sont utilisés pour faciliter la diffusion ciblée. Leur campagne est rythmée par des semaines thématiques. Jusqu’ici, ont été abordés la jeunesse, le féminisme, l’économie et l’écologie. Pour chaque thème des visuels et une vidéo sont produits, et une action dite “coup de poing” engagée.

Jean-Paul fait partie des vieux militants. Il est actif dans le comité Grésivaudan de Génération·s. “On a quitté le PS parce que pas assez à gauche. On suit Benoît Hamon.” Ils étaient 9 militants à sauter le pas, pour aujourd’hui constituer un noyau dur de 20 personnes. D’après lui, le mouvement compterait entre 45 000 et 60 000 personnes, mais admet qu’il est “difficile de se compter” du fait de la non-obligation d’adhésion formelle. C’est d’ailleurs l’histoire de Mathilde, 20 ans, qui a commencé à “rencontrer des militants” et qui s’est engagée après un mois d’action en tant que sympathisante. Elle s’était pourtant jurée de ne jamais voter socialiste. Mais pour le candidat socialiste à la présidentielle, elle a fait exception. “J’ai toujours voulu m’engager. Voter, manifester, ça ne suffisait pas”, explique t-elle. Elle est aujourd’hui étudiante à Sciences Po, s’est engagée dans une association féministe et passe beaucoup de temps sur cette campagne des élections européennes. Simple militante pour la présidentielle, elle est aujourd’hui coordinatrice des jeunes militants en Isère. Ce qui mobilise plus d’énergie.

La technique mobile, dite “caravane nationale”

L’auriez-vous aperçu ce lundi 15 avril ? La “caravane des territoires” était de passage en Isère pour le parti Debout La France. Au cours de la campagne des élections européennes, le véhicule de 8 mètres de long fait étape dans les préfectures et sous-préfectures de toute la France. Ce jour-là, elle passait par La Tour-du-Pin et Bourgoin-Jallieu, pour finalement se garer le soir à Saint-Martin d’Hères. La caravane devait reprendre son action le lendemain en début de matinée, mais c’était sans compter l’actualité. Notre-Dame de Paris est en feu. Le parti décide de stopper sa campagne en réaction à l’événement, tout comme le Rassemblement National et En marche. L’étape martinéroise n’a donc pas eu lieu.

La caravane DLF à Saint-Martin d’Hères sur le parking de la Maison de la Pierre. Photo d’un militant.

Ludovic Blanco, militant DLF à Grenoble coordonne l’action du terrain en Isère. Cet étudiant en Master Histoire identifie une “petite cinquantaine de militants” actifs, et environ 200 adhérents en Isère, avec une répartition de 60% dans le Nord-Isère, où la droite est plus présente.

Mobiliser son électorat

Au jeu des prédictions de résultats, chaque liste se veut optimiste. Que ce soit chez les militants PCF, Génération·s ou EELV, on n’imagine pas faire moins bien que les sondages actuels. Mais derrière ces calculs optimistes se cache une réalité inévitable : il y aura plus de gens qui ne voteront pas que de gens qui voteront. En 2009, le record d’abstention sur cette élection s’établissait à 59,4%, puis a reflué légèrement en 2014, à 57,6%. Les sondages, lanternes politiques de nombreux partis, prédisent aujourd’hui un taux de participation similaire…

Ludovic Chataing, journaliste web pour L’avertY.


Assesseur·e·s, petites mains de l’élection

“Être acteur et pas consommateur.” C’est ce qui animera Françoise à participer au scrutin du 26 mai en tant qu’assesseure de bureau de vote. Cette citoyenne grenobloise, engagée sur tous les fronts, a accepté de participer à l’interview vidéo de L’avertY. Elle nous parle de son parcours citoyen, de l’abstention et donne ses idées pour redonner envie aux électeurs de participer aux votes.


Les élections européennes (fiche pratique)
Date de l’élection en France : 26 mai 2019
Type d’élection : un seul tour,
à la proportionnelle.
Nombre d’eurodéputés dans l’Union Européenne : 751
Nombre d’eurodéputés à élire en France : 79
en théorie, en réalité ce sera 74 si le Brexit n’a pas lieu avant l’élection.
Score minimum pour avoir des élus : 5%
Score minimum pour être remboursé des frais de campagne : 3%
Nouveauté par rapport à 2014 : une seule circonscription nationale à la place des 8 régions.
Nombre de listes présentées : 33 (
un record)

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